L’exercice de la justice à Granby : depuis la milice jusqu’à la Cour municipale
Projet de diffusion des archives de la Ville de Granby dans la cadre de la semaine internationale des archives 2026, dont la thématique est : #ArchivesPourLaJustice : Droits, mémoire et avenirs
À l’époque de la milice
Entre 1813 et 1859, aux premiers temps du hameau de Granby, la justice est assurée par des juges de paix qui entendent les causes et des corps de milice qui veillent à protéger l’ordre public. Initialement, la plupart de ces agents proviennent du district de Montréal (Laurion, 1959, p. 33). La première milice locale a été fondée en 1856 sous le nom de Militia Rifle Co. of Granby (Laurion, 1959, p. 33).
En 1871, John Mills, un correspondant provenant du Nouveau-Brunswick venu faire la lecture aux citoyens de Granby, est accusé par certains citoyens du Village d'indécence envers des jeunes filles. Les citoyens en question décident de se faire justice eux-mêmes en reproduisant une technique d’humiliation digne de l’Ouest américain, soit en le dénudant et l’enduisant de goudron et de plumes. John G. Cowie, maire et juge de paix de l’époque, vient à la défense de Mills et lui permet de s’échapper. Les citoyens justiciers seront condamnés à payer des amendes de 30$ chacun par le juge Samuel W. Foster qui affirme par la suite : « Par-dessus tout, n’oubliez jamais que nul n’a droit d’exercer lui-même justice » (cité dans Gendron, 2012). Cet épisode rappelle les dérapages pouvant survenir dans l’exercice de la justice lorsque les forces de l’ordre sur le terrain sont insuffisantes. La création de la première police municipale de Granby a lieu neuf ans plus tard, en 1880. (Pour en savoir davantage, lire l'excellent article de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska sur le sujet).
Figure 1 : La personne accusée est goudronnée et emplumée pour ensuite être trimbalée en public pour humiliation. Source : https://picryl.com. Domaine public.
Cour des magistrats et Cour du recorder
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Village de Granby fait partie du district judiciaire de Bedford, où siègent différentes cours. La Cour du banc de la Reine s’occupe des causes portées en appel et des causes criminelles. Elle est l’ancêtre de la Cour d’appel (Cour d'appel du Québec, s. d.). Pour leur part, la Cour de circuit et la Cour supérieure traitent les causes de natures civiles, de petites et de grandes valeurs litigieuses respectivement (Plamondon, s. d.). Leurs séances se tiennent dans le chef-lieu du district, soit le village de Sweetsburg, aujourd’hui fusionné à Cowansville (Laurion, 1959, p. 33).
En 1869, dans le but d’assurer une meilleure compétence dans les activités des tribunaux de proximité et d’exercer ses pouvoirs juridiques accordés par la Loi constitutionnelle de 1867, la Province de Québec crée la Cour des magistrats (Plamondon, s. d.). Son mandat couvre plusieurs juridictions dont certaines entrent parfois en concurrence avec celles de la Cour de circuit (Plamondon, s. d.). Dans le district de Bedford, la Cour des magistrats siège d’abord à Sweetsburg, puis à Waterloo en 1868, puis à Knowlton en 1870 (Laurion, 1959, p. 33).
En 1922, la Cité de Granby ne possède que la Cour des commissaires du Canton de Granby sur son territoire. Son mandat est d’offrir une justice de première instance locale et rapide pour les petits délits, mais son autorité est exercée par des citoyens non-juristes (Plamondon, s. d.). Étant la plus grande agglomération du district, Granby entreprend alors des démarches pour rapatrier la Cour des magistrats, opération qui est achevée en 1929 (Laurion, 1959, p. 33).
Dans la province, les premières cours municipales, appelées à l’époque « Cours du recorder », sont celles de Montréal en 1851 et de Québec en 1856. Plus tard, la Loi sur les cours municipales de 1903 permet à toute ville de se doter de sa propre cour (Cour municipales du Québec, s. d.). C’est en 1936 que la Cité de Granby se dote d’une Cour du recorder, soit peu de temps après le rapatriement de la Cour des magistrats. À l’époque, les deux cours siègent dans l’ancien hôtel de ville.
Cour des magistrats et Cour du recorder
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Village de Granby fait partie du district judiciaire de Bedford, où siègent différentes cours. La Cour du banc de la Reine s’occupe des causes portées en appel et des causes criminelles. Elle est l’ancêtre de la Cour d’appel (Cour d'appel du Québec, s. d.). Pour leur part, la Cour de circuit et la Cour supérieure traitent les causes de natures civiles, de petites et de grandes valeurs litigieuses respectivement (Plamondon, s. d.). Leurs séances se tiennent dans le chef-lieu du district, soit le village de Sweetsburg, aujourd’hui fusionné à Cowansville (Laurion, 1959, p. 33).
En 1869, dans le but d’assurer une meilleure compétence dans les activités des tribunaux de proximité et d’exercer ses pouvoirs juridiques accordés par la Loi constitutionnelle de 1867, la Province de Québec crée la Cour des magistrats (Plamondon, s. d.). Son mandat couvre plusieurs juridictions dont certaines entrent parfois en concurrence avec celles de la Cour de circuit (Plamondon, s. d.). Dans le district de Bedford, la Cour des magistrats siège d’abord à Sweetsburg, puis à Waterloo en 1868, puis à Knowlton en 1870 (Laurion, 1959, p. 33).
En 1922, la Cité de Granby ne possède que la Cour des commissaires du Canton de Granby sur son territoire. Son mandat est d’offrir une justice de première instance locale et rapide pour les petits délits, mais son autorité est exercée par des citoyens non-juristes (Plamondon, s. d.). Étant la plus grande agglomération du district, Granby entreprend alors des démarches pour rapatrier la Cour des magistrats, opération qui est achevée en 1929 (Laurion, 1959, p. 33).
Dans la province, les premières cours municipales, appelées à l’époque « Cours du recorder », sont celles de Montréal en 1851 et de Québec en 1856. Plus tard, la Loi sur les cours municipales de 1903 permet à toute ville de se doter de sa propre cour (Cour municipales du Québec, s. d.). C’est en 1936 que la Cité de Granby se dote d’une Cour du recorder, soit peu de temps après le rapatriement de la Cour des magistrats. À l’époque, les deux cours siègent dans l’ancien hôtel de ville.
Le saviez-vous?
La Cour des magistrats était de juridiction provinciale. Elle était l’ancêtre de la Cour provinciale, créée en 1962, puis remplacée par la Cour du Québec en 1988. Sa compétence était mixte (civile et criminelle). Pour sa part, la Cour du recorder était de juridiction municipale. Elle s’occupait des causes locales comme les infractions aux règlements municipaux et autres délits mineurs. Elle a été renommée « Cour municipale » par la Loi concernant les recorders et les Cours du recorder (Loi I-2, Elizabeth II, c.52), en 1952. À Granby, ce changement de nom a pris effet en 1985 à la suite de l’adoption du règlement municipal 1568-85.
Figure 2 : Plan de l'ancien Hôtel de Ville de Granby, vers 1928. Source : Archives de la Ville de Granby
Figure 3 : Photographie de l'ancien Hôtel de Ville de Granby, vers 1928. Source : Archives de la Ville de Granby
Cour municipale et Palais de justice
En 1941, l’ancien hôtel de ville a été démoli puis remplacé par l’hôtel de ville actuel. Le nouvel édifice comprend dès lors des locaux pour les juges, greffiers, ainsi qu’une salle de cour.
Figure 4 : Photographie de policiers, avocats et autres figures de la justice. Année estimée : 1934. Source : Archives de la Ville de Granby. Don de Mme Lise Cantin
Figure 5 : Plan du premier étage de l'hôtel de ville actuel au moment de sa construction en 1941. Plan complet à gauche, et une vue agrandie de la partie nord du bâtiment où logeait la Cour du recorder. Source : Archives de la Ville de Granby
Le 5 septembre 1980, après une quinzaine d’années de démarches, Jocelyne Ouellette, alors ministre des Travaux publics et de l’Approvisionnement dans le gouvernement de René Lévesque, vient à Granby pour annoncer l’inauguration du Palais de Justice aux côtés du maire Paul-O. Trépanier et des conseillers de la Ville. Le Palais de Justice de Granby, situé dans l’édifice Roger-Paré au 77, rue Principale, regroupe la Cour du Québec et la Cour supérieure. Il est toujours en activité aujourd’hui.
Figure 6 : Annonce de l'inauguration du Palais de Justice de Granby par la ministre Jocelyne Ouellette. Source : Voix de l'Est, 6 septembre 1980
Figure 7 : Photo de l'édifice Roger-Paré où se trouve le Palais de justice, prise en 2015. Source : Fonds Division des communications, Archives de la Ville de Granby (photographe à confirmer)
En 1985, au même temps que l’adoption du règlement 1568-85 officialisant le changement de nom de la Cour du recorder pour la Cour municipale, il est établi que le traitement des causes civiles s’effectue à l’Hôtel de Ville, alors que celui des causes pénales s’effectue dans le même édifice que le poste de police situé au 125 rue Simonds. En 1990, l’augmentation des besoins force l’agrandissement des locaux au poste de police. La Cour municipale y siège encore jusqu’en 2003, moment où ses activités sont brièvement rapatriées à l’Hôtel de Ville. Suivant la fusion des municipalités de Granby et du Canton de Granby en 2006, la Cour municipale s’installe au 735, rue Dufferin, soit l’ancien Hôtel de Ville du Canton de Granby, renommé en 2009 en l’honneur de Louis Choinière, maire du Canton de Granby de 1975 à 2005 (Authier, 2009). Le changement s’achève au début de l’année 2007. La cour y siège depuis.
Figure 8 : Cour municipale de Granby située dans l'édifice Louis-Choinière au 735, rue Dufferin, 2011. Source : Fonds Division des communications, Archives de la Ville de Granby (photographe à confirmer)
Bibliographie
Advitam, BAnQ. (s. d.). Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Récupéré sur Greffe de Cowansville - Détail de la notice: https://advitam.banq.qc.ca/notice/706387
Authier, I. (2009). L'édifice portera le nom de Louis Choinière. Récupéré sur La Voix de l'Est: https://www.lavoixdelest.ca/2009/02/04/ledifice-portera-le-nom-de-louis-choiniere-e347316cfdf20f87b5f861a4324d8ddb/
Cour d'appel du Québec. (s. d.). Historique et compétence. Récupéré sur https://courdappelduquebec.ca/informations-generales/a-propos/historique-et-competence
Cour municipales du Québec. (s. d.). Présentation. Récupéré sur https://coursmunicipales.ca/presentation/presentation
Gendron, M. (2012). Quand le peuple se fait justice. Récupéré sur Société d'histoire de la Haute-Yamaska: https://shhy.info/quand-le-peuple-se-fait-justice/
Laurion, M. (1959). Un siècle d'histoire : Les bâtisseurs de Granby. Voix de l'Est.
Plamondon, J. (s. d.). Capsules historiques : Cour du Québec. Récupéré sur La Cour du Québec: https://courduquebec.ca/fileadmin/cour-du-quebec/centre-de-documentation/Publications/historique/CapsuleHistoireCQ25ans_5.pdf